Réinventer la coopérative de maternage au XXIème siècle

Résumé:

Dans cet article, je dénonce l’épuisement et l’isolement auquel sont souvent confrontés les mères de jeunes enfants. Loin de prôner une nouvelle méthode de conciliation ou d’organisation plus efficace, j’adhère pour l’occasion à l’hypothèse de la primatologue Sarah Blaffer Hrdy qui décrit le fonctionnement « naturel » des soins aux plus jeunes dans l’espèce humaine comme relevant d’une « coopérative de maternage ». Dès lors on peut se demander comment il est possible de réinventer au XXIème cette si salutaire mise en commun des soins aux enfants. Pour ce faire, je suis allée rencontrer les fondateurs de l’entreprise We are all parents qui proposent aux parents une plateforme de mise en relation leur permettant de tisser des liens et de se rendre service au quotidien.

 

Le texte intégral de cet article peut être consulté dans le n°57 de mars/avril 2016 du magazine Grandir Autrement. Vous pouvez également me contacter par mail pour plus de détails.

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Une mère d’huile

Ces textes sont issus d’un projet commencé en 2015. Son but est de traiter sous la forme de la fiction le thème de la charge mentale maternelle et des conséquences des injonctions sociales à la conformité dans lesquelles les filles grandissent. Qui sait si je ne le poursuivrai pas un jour?

La mère est d’huile, elle sait graisser les rouages des échanges quotidiens, mais sous la surface tranquille, qui donc connaît ses remous de son être?

Il faisait doux ce jour là ce jour là sur le bord de la falaise. L’amoncellement des cumulus joufflus au dessus de l’immensité crayeuse semblaient coiffer d’une couche de chantilly une généreuse part de cheesecake. La brise était légère et iodée, comme le souffle tranquille d’une nature hospitalière. Ses pieds nus goûtaient l’humidité de l’herbe grasse et la plénitude de cette belle journée d’été. Le bercement des vagues embrassant la matière minérale donnait à l’eau son incomparable couleur laiteuse des plages du Nord. Elle le savait: au pied de son promontoire, se trouvaient par milliers ses silex préférés, qui lorsqu’on les mouillaient prenaient une douce teinte rosée presque translucide qui ne manquait de la replonger dans ses souvenirs d’enfance. Elle avait autrefois passé un temps infini à se perdre dans ce monde étrange qui s’ouvrait lorsque son oeil mirait les rayons du soleil au travers du caillou. Quelques mouettes volaient haut dans le ciel et elle se sentit dévorée par un vent de liberté. Quel âge avait-elle? Comment se prénommait elle? A quelle époque vivait elle? Autant de questions sans importance pour elle qui vivait ici et maintenant.

Une compagnie d’oiseaux s’envola subitement comme les pigeons du square poursuivis par un enfant facétieux et elle sentit un bruissement lointain parcourir ses membres. Le sol s’ouvrit alors brusquement sous ses pieds, et dans un craquement effroyable elle se sentit glisser dans les entrailles de la terre avant même d’avoir pu revoir le film de sa vie.

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Nous sommes des menteuses de mères en filles

Le burn-out maternel est le mal du siècle, nous disent les journaux. Les mères sont de plus en plus fatiguées, épuisées, au bout du rouleau. Tout le monde le sait. Ce sont vos amies, vos soeurs, vos cousines, vos mères, vos collègues de travail. Personne ne bouge. “Mais les hommes aussi sont touchés” me dit-on. Ah oui? Vraiment? Les 3% qui prennent un congé parental? Et le pire c’est qu’on est CONTENT que des hommes soient touchés, parce que ça veut dire qu’on AVANCE dans la répartition des tâches. Non mais vous vous rendez compte??? On finit par SOUHAITER que des types soient mal, au bord de la dépression, à pleurer chaque jour de leur vie ou presque parce que ce serait signe de PROGRÈS SOCIAL. Miam le progrès. Continuer la lecture de Nous sommes des menteuses de mères en filles

Ultimatum de mère épuisée

Le problème des jobs qu’on fait par vocation, c’est qu’ils nous conduisent généralement à dépasser les limites qu’on s’était fixées AVANT de les accepter.
Mais vous me direz qu’un boulot qu’on aime, ça n’a pas de prix, surtout par les temps qui courent…
et vous n’auriez pas complètement tort!
On m’avait bien dit de faire attention de ne pas me laisser bouffer, j’avais acquiescé, sûre de mes capacités de discernement et persuadée d’être de faire mieux que toutes celles et ceux qui avaient fini au fond du trou.
On m’avait dit: tu verras, dans ce métier de contact, tu ne t’ennuieras jamais.
On m’avait dit: tu verras, c’est vraiment un job qui apporte de grandes satisfactions et qui te fera te coucher le soir avec le sentiment du travail accompli.

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Cher dieu des mamans épuisées

Article initialement publié sur feu le blog de la Famille Déjantée. Crédit photo
Cher Dieu des mamans épuisées,
toi qui commande au marchand de sable et à la petite souris,
toi qui combat chaque jour inlassablement le démon des nuits entrecoupées, l’incube des virus hivernaux, le génie des maîtresses malades et des ATSEM en grève
sans oublier cet odieux tentateur de Murphy qui sabote les batteries de voiture, répand le chocolat chaud sur le carrelage de la cuisine, égare les bonnets avant de partir à l’école et inspire au voisin du dessus de jouer du piano à l’heure de la sieste
AIE PITIÉ DE MOI, SIMPLE MORTELLE
que le sort n’a doté que de deux bras, deux jambes et
– comble de l’ironie –
d’un seul cerveau

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Réapprendre à ne plus être enceinte

Le post-partum est le parent pauvre de la littérature de femme enceinte.
Il suffit d’ouvrir n’importe quel livre dédié à la question pour s’en convaincre:
 à peine quelques lignes, parfois quelques maigres pages lui sont consacrées…
à côté du pavé qui a été rédigé sur les neuf mois précédents.
Tout au plus, on vous apprendra à prendre soin de votre épisiotomie et que la date de votre retour de couche est aléatoire (surtout pour celles qui allaitent), on vous effraiera à la perspective de la chute de votre luxuriante chevelure de grossesse (qu’on vous vend au 3ème mois pour vous remonter le moral en attendant que les nausées passent) et on consentira à vous pondre quelques lignes sur le baby-blues calibré de la mère parfaite (si possible avant la sortie de la mater, merci de votre compréhension).
Parce que, ne nous mentons pas,
ce qui compte APRES la grossesse,
ce n’est pas VOUS mais votre BÉBÉ

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