Hommage aux grandes vacances et autres rites de rentrée

Je prends enfin le temps de vous faire un petit retour sur mes deux articles du mois de septembre publiés sur le média en ligne Slate. (En passant, n’hésitez pas à me donner votre avis sur ces minis-résumés que je publie ici. A savoir: si vous les trouvez intéressants, ou non, ayant une plus-value, ou non. Pour ma part, c’est évidemment l’occasion de réunir mes écrits mais aussi d’en dire un peu plus sur leur contexte, les questions qui les ont motivés, les réponses qu’ils m’ont fait découvrir, partager quelques anecdotes personnelles ou quelques lectures complémentaires)

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Une mère d’huile

Ces textes sont issus d’un projet commencé en 2015. Son but est de traiter sous la forme de la fiction le thème de la charge mentale maternelle et des conséquences des injonctions sociales à la conformité dans lesquelles les filles grandissent. Qui sait si je ne le poursuivrai pas un jour?

La mère est d’huile, elle sait graisser les rouages des échanges quotidiens, mais sous la surface tranquille, qui donc connaît ses remous de son être?

Il faisait doux ce jour là ce jour là sur le bord de la falaise. L’amoncellement des cumulus joufflus au dessus de l’immensité crayeuse semblaient coiffer d’une couche de chantilly une généreuse part de cheesecake. La brise était légère et iodée, comme le souffle tranquille d’une nature hospitalière. Ses pieds nus goûtaient l’humidité de l’herbe grasse et la plénitude de cette belle journée d’été. Le bercement des vagues embrassant la matière minérale donnait à l’eau son incomparable couleur laiteuse des plages du Nord. Elle le savait: au pied de son promontoire, se trouvaient par milliers ses silex préférés, qui lorsqu’on les mouillaient prenaient une douce teinte rosée presque translucide qui ne manquait de la replonger dans ses souvenirs d’enfance. Elle avait autrefois passé un temps infini à se perdre dans ce monde étrange qui s’ouvrait lorsque son oeil mirait les rayons du soleil au travers du caillou. Quelques mouettes volaient haut dans le ciel et elle se sentit dévorée par un vent de liberté. Quel âge avait-elle? Comment se prénommait elle? A quelle époque vivait elle? Autant de questions sans importance pour elle qui vivait ici et maintenant.

Une compagnie d’oiseaux s’envola subitement comme les pigeons du square poursuivis par un enfant facétieux et elle sentit un bruissement lointain parcourir ses membres. Le sol s’ouvrit alors brusquement sous ses pieds, et dans un craquement effroyable elle se sentit glisser dans les entrailles de la terre avant même d’avoir pu revoir le film de sa vie.

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Le travail interdisciplinaire au collège, dépasser les obstacles

Dans ma vie d’avant, je faisais une thèse en sciences de l’éducation, qui s’intéressait aux enseignants de collège impliqués dans des pratiques « interdisciplinaires ». A l’époque (en 2007), il n’y avait pas encore les EPI et l’interdisciplinarité ne cristallisait pas encore trop les craintes des enseignants  (quoique… les profs avaient déjà très peur que leur discipline en ressorte affaiblie et qu’on leur demande d’être davantage polyvalents…). Moi, j’étudiais essentiellement des dispositifs comme les Itinéraires de Découvertes, les enseignements relevant des thèmes de convergence, ou encore des enseignements en binôme bidisciplinaire que mettaient en place des établissements privés dans un cadre optionnel. Le socle commun de connaissances venait tout juste d’être mis en place et les profs d’arrachaient les cheveux avec ce nouvel objectif d’évaluation par compétences. J’ai donc passé pas mal de temps à filmer dans les classes et interviewer des enseignants sur leurs pratiques en classe et leurs façons de se coordonner avec leurs collègues de disciplines différentes.

Bref, si ça vous amuse de lire ce que j’ai pu écrire sur la question, vous pouvez consulter mon mémoire de M2, ou un article sur le sujet.

Ce sujet me tient toujours beaucoup à coeur, même mes connaissances sont loin d’être aussi fraîches qu’elles ont pu l’être! Je suis toujours ravie d’avoir l’occasion d’échanger sur le sujet, n’hésitez donc pas à me solliciter!

 

Etre une mère féministe, c’est comme nettoyer un mur blanc

Article initialement publié sur feu le blog de « La famille Déjantée ». Crédits photo
Voici un article que j’avais en tête depuis longtemps, sans trop savoir comment le commencer (d’ailleurs, je ne suis pas sûre de le savoir mieux à présent…).
Pour faire simple, disons que les questions féministes (c’est à dire en première approximation celles relatives à la place des femmes dans la société) m’animent depuis longtemps (sinon depuis toujours) et qu’il me semble en être arrivée à un point où je ressens l’envie (le besoin?) de les partager…
Plusieurs fois dans ma vie, j’ai eu le sentiment de la certitude. Et plusieurs fois, je me suis rendue compte que certains éléments pouvaient enrichir la question, me la faire voir sous un autre angle et en définitive, bouleverser ce que je prenais pour une vérité définitive.
(d’où le titre de ce billet, que toute personne ayant déjà essayé de lessiver un mur blanc comprendra aisément)

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L’écrivain et l’existant

Un jour, le petit Prince arriva sur une drôle de planète. 
 
En son milieu, coulait une rivière tourmentée: tantôt mer d’huile et l’instant d’après, bouillonnait avec fracas. Étroite et sinueuse, rebondissant sur les cailloux blancs, elle s’élargissait bientôt comme une immense feuille de nénuphar dans le bruissement sourd de la vertigineuse cascade qui se préparait.
 
Ses berges monotones contrastaient avec le tempérament imprévisible du cours d’eau.
D’immenses pelouses moelleuses, semblables à des greens, s’étalaient à perte de vue. 
Ça et là, semés comme des grains de beauté, de confortables méridiennes donnaient vue sur la rivière comme une invitation à la contempler, à la façon d’une oeuvre d’art.
 
C’est alors que le Petit Prince aperçu une curieuse embarcation secouée par les remous de la rivière capricieuse.
Simple coque de noix, pourvue d’un mât unique autour duquel flottait en guise de voile la chemise d’un petit homme encordé.

Le Petit Prince, tout en trottinant sur la berge, demanda au petit homme: 
– Qui êtes-vous?
– Je suis l’Existant, répondit le petit homme.
– Et que faites-vous sur ce bateau? continua le Petit Prince
– Eh bien, j’existe pardi! dit le petit homme d’un ton enjoué.
– Attaché au mât, ça ne doit pas être drôle d’exister ainsi tous les jours, pensa tout haut le Petit Prince.

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Les deux visages de la modernité

Quasiment un an jour pour jour après sa vomitive tribune dans Le Monde, Odile Buisson, qui a bien compris le potentiel buzzatoire de sa prose anti-sage femme, enfonce le clou (et engrange des sous) avec la publication d’un livre censé ouvrir les yeux (remplis de méconium) et les oreilles (abreuvées de chants mayas) des pauvres animaux décérébrés en quête de maître à penser que sont les FEMMES.

Tout Buzz attirant les charognards, c’est donc bien naturellement que la Presse – selon une recette testée et approuvée par l’Express – s’est dépêchée d’ouvrir ses colonnes à ce qui ne manquera pas de faire parler d’eux, pour le meilleur et surtout pour le pire (parce qu’il paraît que ça buzze mieux).

Cette fois-ci c’est Charlie Hebdo, le journal qui maîtrise l’art d’accommoder bites et culs à toutes les sauces (en réalité, Charb est atteint de la forme non verbale du syndrome Gilles de la Tourette… mais chuuuuuut c’est un scoop!), qui n’a su résister aux trompettes de la renommée (où est donc passé le cher compagnon de mon adolescence??!!!) et a prié Odile de venir présenter son Ôdilité (et se donner ainsi l’occasion de s’entraîner un peu à dessiner des vagins, ce qu’ils font tout de même très médiocrement je dois dire).

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Ultimatum de mère épuisée

Le problème des jobs qu’on fait par vocation, c’est qu’ils nous conduisent généralement à dépasser les limites qu’on s’était fixées AVANT de les accepter.
Mais vous me direz qu’un boulot qu’on aime, ça n’a pas de prix, surtout par les temps qui courent…
et vous n’auriez pas complètement tort!
On m’avait bien dit de faire attention de ne pas me laisser bouffer, j’avais acquiescé, sûre de mes capacités de discernement et persuadée d’être de faire mieux que toutes celles et ceux qui avaient fini au fond du trou.
On m’avait dit: tu verras, dans ce métier de contact, tu ne t’ennuieras jamais.
On m’avait dit: tu verras, c’est vraiment un job qui apporte de grandes satisfactions et qui te fera te coucher le soir avec le sentiment du travail accompli.

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Cher dieu des mamans épuisées

Article initialement publié sur feu le blog de la Famille Déjantée. Crédit photo
Cher Dieu des mamans épuisées,
toi qui commande au marchand de sable et à la petite souris,
toi qui combat chaque jour inlassablement le démon des nuits entrecoupées, l’incube des virus hivernaux, le génie des maîtresses malades et des ATSEM en grève
sans oublier cet odieux tentateur de Murphy qui sabote les batteries de voiture, répand le chocolat chaud sur le carrelage de la cuisine, égare les bonnets avant de partir à l’école et inspire au voisin du dessus de jouer du piano à l’heure de la sieste
AIE PITIÉ DE MOI, SIMPLE MORTELLE
que le sort n’a doté que de deux bras, deux jambes et
– comble de l’ironie –
d’un seul cerveau

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Réapprendre à ne plus être enceinte

Le post-partum est le parent pauvre de la littérature de femme enceinte.
Il suffit d’ouvrir n’importe quel livre dédié à la question pour s’en convaincre:
 à peine quelques lignes, parfois quelques maigres pages lui sont consacrées…
à côté du pavé qui a été rédigé sur les neuf mois précédents.
Tout au plus, on vous apprendra à prendre soin de votre épisiotomie et que la date de votre retour de couche est aléatoire (surtout pour celles qui allaitent), on vous effraiera à la perspective de la chute de votre luxuriante chevelure de grossesse (qu’on vous vend au 3ème mois pour vous remonter le moral en attendant que les nausées passent) et on consentira à vous pondre quelques lignes sur le baby-blues calibré de la mère parfaite (si possible avant la sortie de la mater, merci de votre compréhension).
Parce que, ne nous mentons pas,
ce qui compte APRES la grossesse,
ce n’est pas VOUS mais votre BÉBÉ

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De la méprise

Ce devait être en 1991, ou peut être en1992,
Cet hiver là, je savourais ma chance:
Mes parents nous avaient emmené, mon frère et moi, aux sports d’hiver…
Je n’étais certes pas très douée, mais j’aimais beaucoup ça…
Glisser sur la neige, risquer à chaque instant de tomber, se faire mal pour de faux dans cette neige douce et moelleuse…
Quel régal et quelle excitation!!!
Le matin j’allais aux cours de ski collectifs pour passer ma 2ème étoile
J’étais très fière de parcourir seule les 500 mètres qui séparaient l’appartement de location du départ des cours,  un peu comme si j’étais déjà grande et je vivais ma vie…

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