Hommage aux grandes vacances et autres rites de rentrée

Je prends enfin le temps de vous faire un petit retour sur mes deux articles du mois de septembre publiés sur le média en ligne Slate. (En passant, n’hésitez pas à me donner votre avis sur ces minis-résumés que je publie ici. A savoir: si vous les trouvez intéressants, ou non, ayant une plus-value, ou non. Pour ma part, c’est évidemment l’occasion de réunir mes écrits mais aussi d’en dire un peu plus sur leur contexte, les questions qui les ont motivés, les réponses qu’ils m’ont fait découvrir, partager quelques anecdotes personnelles ou quelques lectures complémentaires)

Je commence donc par mon hommage aux grandes vacances, cette période à laquelle, malgré sa durée insolente, je suis tant attachée. Avoir tant de temps devant soi qu’on en oublie quel jour de la semaine nous sommes est le privilège des âges extrêmes de la vie… et des grandes vacances enfantines. Plus sérieusement, j’aime taquiner l’idée selon laquelle l’école ne serait pas (et de loin) le seul lieu d’apprentissage, ce qui n’est d’ailleurs pas sans lien avec mes propres choix parentaux. Lorsque j’étais en congé parental, l’idée m’a traversé plusieurs fois l’esprit de me lancer dans l’école à la maison. Le défi me tentait, l’idée me faisait rêver. Ne pas être obligée d’attendre l’aval du Ministère de l’Education Nationale pour innover, j’avoue que ça me chatouillait. Sans doute la découverte du film Etre et devenir n’y était pas non plus totalement étranger. Mais la peur du surmenage, de ne plus avoir de temps à moi, de ne pas être à la hauteur aussi, ont été plus fortes… sans pour autant faire disparaître l’envie de voir mes enfants apprendre au grand air. Mon compagnon étant enseignant, la solution s’est présentée d’elle même: aussi longtemps que les enfants seraient petits, nous ne « travaillerons pas plus pour gagner plus » et nous ferons notre possible pour leur offrir la possibilité d’investir ces presque 4 mois annuels de vacances dans leurs apprentissages « autonomes ». C’est ainsi que ceux qui nous connaissent ont l’habitude de nous voir partir en vacances avec sous le bras tantôt du matériel de couture, de bricolage, de dessin, tantôt un télescope, une loupe binoculaire, des quantités de livres, selon les envies de chacun. Dans cet article,  je reviens sur les liens entre divertissement et travail, souvent vu comme aussi antagonistes que complémentaires, et j’entreprend de lister le potentiel spécifique de ce temps d’oisiveté que constitue les grandes vacances: entre apprentissage informel quasiment inévitable et rencontre avec « l’expérience optimale » qui allie détente et concentration et que la psychologie positive appelle « Flow ».

Mon deuxième article parle de la rentrée à proprement parler. Après m’être *quelque peu* battue au rayon fournitures du supermarché pour dégoter le dernier cahier de musique 24X32 couverture plastifiée 96 pages, et avoir passé des heures à remplir des formulaires et couvrir des livres, m’est venue l’idée de décrire la rentrée des classes comme un rituel de renouveau. Je n’étais évidemment pas la première à y penser (ce qui m’a permis d’appuyer mon propos sur des sources un peu plus fiables que les divagations d’une mère de famille épuisée) mais l’exercice était non moins plaisant. Décrire l’école de la République qui ces temps-ci se veut tellement « laïque » par ses rites, c’est à dire ses croyances, ses superstitions, ses actes dont l’efficacité tient moins de leurs conséquences matérielles que de leur performativité, c’est à dire des actes symboliques qu’ils permettent d’accomplir, je trouvais ça particulièrement savoureux. Dans cet article, j’en profite pour faire un bref historique des grandes vacances (qui ne sont pas directement liées, comme on le pense trop souvent, aux exigences professionnelles du monde agricole au temps de Jules Ferry), avant de décrire tout ce qui constitue le rite de la rentrée depuis les préparatifs profanes des tenues d’écoliers, jusqu’au cérémonial du premier jour en passant par l’intense angoisse que subissent les futurs écoliers. Quoiqu’il en soit, la rédaction de cet article m’a tout de même laissée sur ma faim: dans notre société où tant d’experts s’empressent de déclarer le déclin de la ritualisation, est-il bien raisonnable de voir dans cette répétition annuelle du retour à l’école un rite aussi puissant? Ne s’agirait-il pas plutôt là que d’un usage, une simple habitude? Tout ça pour dire que suite à cet article,  j’ai eu envie d’approfondir la question et me suis lancée dans la lecture de Martine Segalen et Michael Houseman. Hé bien c’est passionnant, je vous raconte ça la prochaine fois!

Pour aller plus loin: 

  • Sur les apprentissages informels: Gilles Brougère et Anne Lise Ullman, Apprendre de la vie quotidienne, PUF 2015
  • Sur le Flow: Mihaly CSIKSZENTMIHALYI, Vivre, la psychologie du bonheur, Pocket 2006
  • Sur l’histoire des grandes vacances: Antoine Prost, Regards historiques sur l’éducation en France au XIXème-XXème siècle, Belin 2007
  • Sur les rituels contemporains: Martine Segalen, Rites et rituels contemporains, Armand Colin 2009. Michael Houseman, Le rouge est le noir. Essais sur le rituel, Presses Universitaires du Mirail, 2012

 

Crédits Photo: Béatrice Kammerer, ceci est l’auto-portrait réalisé par mon Sizans la veille de sa rentrée au CP…

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