10 choses extraordinaires sur votre cerveau

A l’heure où les propositions pédagogiques ou éducatives qui n’aient pas reçu leur label « VU A L’IRM » ou encore « PROUVE NEUROBIOLOGIQUEMENT » n’ont quasiment aucune chance de survie, je vous enjoins tout-e-s, parents, enseignants, auditeurs radio, téléspectateurs, lecteurs de presse à découvrir sans plus attendre la face cachée de cette fascination cérébrale…

Pour Elena Pasquinelli, les neuromythes reposent sur trois éléments essentiels:

  • Une fascination quasi ancestrale pour les prétendus « pouvoirs » du cerveau: télékinésie, mentalisme, regard transparent. Elena, passe en revue ce qui a intrigué et fasciné les foules au cours des XIXème et XXème siècle. Vous y découvrirez avec délice que le grand public n’est pas seul a avoir vu sa curiosité piquée au vif: de la participation du couple Curie aux séances de table tournante, aux expériences du physicien Faraday pour en comprendre les mécanismes, en passant par les travaux de Richard Wiseman (à la fois magicien illusionniste et psychologue cognitif, oui!! oui!!) sans oublier les travaux menés dans les années 30 à Duke University aux Etats Unis à jamais immortalisés dans la scène d’ouverture de Ghostbusters.

(A défaut de vous avoir trouvé le passage où Peter Venkman, interprété par Bill Murray, étudie les pouvoirs de clairvoyance de deux étudiants à l’aide d’un jeu de cartes et non sans mauvaise foi, je vous mets quand même la B.O. qui ravira sans doute la génération 80’s…)

  • Une expérience sensible et quotidienne trompeuse: Dans cette partie, Elena nous montre comment notre cerveau lui-même nous trompe pour que nous croyons qu’il est trop top génial… Elle nous montre par exemple que l’intuition que nous avons de la fiabilité de nos souvenirs est assez mauvaise:  les souvenirs se modifient au cours du temps « Le fait est que les souvenirs ressemblent beaucoup moins à des copies fidèles de la réalité qu’à des pages Wikipédia, dans lesquelles chacun de nous peut réécrire des morceaux » (notons qu’Elena n’est pas très sympa avec Wikipédia…) et intègrent des éléments que d’autres personnes nous ont fourni a posteriori (pensez à votre enfance par exemple: vous avez sans doute beaucoup de mal à distinguer un souvenir d’un événement que vous avez vous-même vécu d’un événement où vous étiez présent mais qu’on vous a raconté par la suite). Elena nous montre aussi que notre perception de l’environnement est très partielle, soumise à des illusions d’optique et directement mise au service de nos buts (pour s’en convaincre, vous pouvez expérimenter la « cécité cognitive » proposée ici le but étant de compter le nombre de passes faite par l’équipe blanche puis de répondre à la question que j’ai mis tout en bas de ce texte…J’avoue j’adore ce test.). Enfin, Elena cloue au pilori notre capacité de jugement: bien moins rationnelle qu’on le croit (et heureusement, la rationalité c’est cool mais ça rame grave…) aux invariants parfois stupéfiants (des populations entières répondent majoritairement de la même façon), très sujette à des effets d’amorçage (ce que vous avez dit/vu avant conditionne ce que vous allez dire après) et à un indéfectible optimiste.
  • Des effets de modes: Prenez un résultat scientifique séduisant pour le grand public publié un peu à la va-vite, qui soutient des intérêts commerciaux (mise sur le marché d’outils éducatifs, ou de méthodes) ou politique et vous obtenez un merveilleux, superbe, et éternel (vu que sa réfutation ne sera écoutée/intégrée par personne ou presque) neuromythe. Sont donc allègrement démontés dans cette partie:
    • Le mythe des 10% (nous n’utiliserions que 10% de notre cerveau, coucou les Scientologues!)
    • Le mythe des cerveaux droits/cerveaux gauches: chacun de nos hémisphères cérébraux (gauches/droits) aurait un « caractère », des « capacités » et une « sensibilité » propres (nous pourrions donc être « plus l’un que l’autre », et ça pourrait servir à « naturaliser » les différences de genre)
    • Le mythe de « Tout se joue avant 3/6/9 ans » et à l’opposé le mythe de la plasticité cérébrale infinie.
    • Le mythe de l’intérêt de la surstimulation du bébé (Remballez Mozart!!!)
    • Le mythe de l’entraînement cérébral de la mémoire (le cerveau, contrairement aux biceps, ne se « muscle » donc pas ce sont nos stratégies adaptées à la résolution d’une tâche qui se perfectionne)

Enfin, Elena passe en revue deux autres éléments importants dans la constitution des neuromythes:

La responsabilité de la (mauvaise) vulgarisation scientifique, élément qui m’a beaucoup marquée car je crois ces informations bien trop peu disponibles et dont je vais me permettre de vous mettre un petit extrait:

L’une des conséquences du développement des techniques récentes d’imagerie cérébrale est la multiplication des images du cerveau dans les médias. Ces techniques sont un outil indéniablement puissant pour la recherche sur le cerveau. […] Cependant, recherche et communication sont deux mondes à part et les confondre peut être risqué. […] Un premier risque lié aux neuro-images est que celles-ci peuvent induire à croire en la réalité d’un phénomène encore mal compris ou mal défini. Un titre comme: « on a identifié la région cérébrale de la jalousie » suggère que le phénomène de la jalousie est objectif, matériel, compréhensible, parce que localisé dans le cerveau. On parle alors de « neuroréalisme ». […] Les neuro-images peuvent être aussi utilisées pour convaincre. Deux recherches conduites en 2008 ont fait beaucoup de bruit: leurs résultats indiquaient qu’une explication contenue dans un texte accompagné d’images du cerveau était plus persuasive que la même explication sans images ou illustrée par des diagrammes. Qu’un texte de psychologie qui fait référence à l’activation de certaines régions du cerveau cache plus facilement le fait qu’aucune explication n’est fournie pour le phénomène décrit.

Et enfin, notre incroyable, indécrottable, inénarrable « neurophilie », notre terrible volonté de croire en des explications simples à des problèmes compliqués, à notre inertie cognitive qui telles des moules sur leur rocher nous fait nous accrocher aux explications séduisantes que nous avons adoptées alors même que nous les savons erronées, à notre désir de penser d’une façon conforme au reste du groupe…

Je terminerai par deux citations à la noix, l’une trouvée sur mon facebook d’hier:

« Si on disait aux gens que le cerveau était une sorte d’application gratuite, ils commenceraient tous à l’utiliser »

 et l’autre attribuée à tellement de gens différents que je n’ose vous mettre la liste:

« Si notre cerveau était si simple que nous puissions le comprendre, nous-mêmes serions si simples que nous ne pourrions pas le comprendre »

Sur ce, cogitez bien!

Question: Avez-vous vu le gorille?

Article initialement publié sur le site des Vendredis Intellos

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