Il ne faut jamais lâcher la main de l’enfant qu’on a été*

* Cervantès

Je n’ai réalisé que très récemment, et avec beaucoup d’amertume, que j’avais finalement grandi. Non que j’ai douté un seul instant étant enfant que je prendrai un jour forme adulte, mais j’espérai secrètement que mon coeur et mon esprit reste celui que je fréquentais de toute éternité, c’est à dire celui d’un enfant.

Plusieurs indices m’ont mis la puce à l’oreille.

D’abord, je suis désormais une piètre partenaire à « Tout ce qu’on veut »  (c’est le nom par lequel mes affreux ont baptisé le jeu qui consiste à se prétendre qui on veut, dans le monde qu’on veut pour y faire ce qu’on veut), le genre à vouloir toujours tout commander sans pour autant vraiment y croire. L’an dernier, alors que nous étions coincés dans la voiture à attendre que MrD revienne d’une petite course, j’ai proposé aux affreux: « On dirait qu’on était dans une fusée qui partirait vers la lune, et ce sera toi, Petit Monstre Heureux, notre capitaine de vaisseau ». Les affreux ont piaffé de bonheur, ont mis les gazs et nous voilà partis. Malheureusement, le ciel étoilé n’est pas apparu pour moi aussi nettement qu’autrefois, la transformation des passants en honnêtes luniens était déplorable et aucune angoisse ne m’étreint alors même que la terre prenait pour nous la dimension d’une orange (d’où d’ailleurs la formule: la terre bleue comme une orange).

Ensuite, je n’ai plus vraiment envie de manger les couleurs. Oui, ça peut vous paraître bizarre, mais quand j’étais petite, il y avait des couleurs qui me donnaient une envie absolument irrésistible de les manger… un peu comme si rien que de les regarder, je plongeais dedans et qu’un instant qui paraissait un siècle ma réalité se modifiait au gré des émotions que celle-ci suscitait. A 5 ans par exemple, le top du top de la couleur irrésistible était celle des tableaux de Van Gogh (très très très appétissants il faut bien dire…), à égalité avec les froufrous des tutus de Degas qui veillaient chaque nuit sur mon sommeil.

Enfin, j’arrive à présent bonne dernière au jeu de l’objet mystère: autrefois, à peine me mettait-on dans les mains un bâton, un cerceau, un caillou, une plume, que je le transformais immédiatement en une multitude infinie de choses, quand je ne les combinais pas les uns avec les autres avec un peu de scotch, de colle, de bouts de ficelle pour construire un autre merveilleux système dont l’ingéniosité (autant que l’inutilité) me faisait douter que personne avant moi ait pu l’inventer.

Mais pouquoi est-ce que je vous raconte tout ça?

Parce que le livre que je vous présente aujourd’hui (et qui grâce à son aimable auteur, vient de rejoindre la bibli volante des VI) m’a permis de me reconnecter avec ce temps béni où la créativité n’était pas une activité des après midi de pluie mais un art de vivre au quotidien.

Pour créer, inutile d’être doué de ses mains, inutile de dépenser des fortunes dans du matériel sophistiqué, inutile de se demander si ce qu’on va faire sera beau ou non, utile ou non, durable ou non… créer, c’est s’aérer l’âme, voici ce que j’ai retenu de ce passionnant bouquin.

Alors le bouquin, le voici:

Libérons la créativitéIl s’appelle « Libérons la créativité de nos enfants«  et aurait très bien être sous-titré « et la nôtre par la même occasion »!! Et est écrit par Marie Gervais, auteure de ce très chouette site.

Alors voilà ce que j’ai adoré dans ce livre:

  • Que ce livre ne soit ni 100% un guide pratique d’idées toutes prêtes, ni 100% un bouquin de réflexion sur la place de la créativité dans l’éducation de nos enfants, ni 100% le témoignage d’une maman qui essaie au quotidien de faire preuve de créativité pour divertir (mais aussi survivre!!) ses affreux mais un joyeux mélange de tout ça. Voyez plutôt, p.67, à propos de la liberté de créer….

Liberté de créer

Donc vous voyez par exemple sur cette page, une partie consacrée au témoignage de l’auteur, suivie d’une partie pratique avec des idées toutes prêtes à repiquer et expérimenter chez soi et enfin une partie plus neuronale qui présente les idées de quelques penseurs et pédagogues à propos de la créativité, de l’intelligence, des stades de développement de l’enfant…  L’ordre de ces parties varie bien entendu tout au long du bouquin selon leur pertinence et il s’en greffe d’autres que je vous laisse découvrir par vous même!! J’adore cette lecture à plusieurs facettes, qui nous permet de lire en diagonale, de prendre ce dont on a besoin au moment où on ouvre le bouquin et en même temps qui nous pousse vers des approches vers lesquelles on n’aurais pas forcément été spontanément…

  • Autre point que j’ai adoré: que la créativité ne soit pas réservée au domaine des arts plastiques. Dès qu’on parle création, on pense tout de suite: papier, crayons, peinture, colle, ciseaux, etc… Hé ben NAN! La créativité ne souffre d’aucune des limites disciplinaires que l’école nous a pourtant si bien appris à respecter! Le/la scientifique a autant besoin de créativité que le/la cuisinier-e, que le/la peintre, que le/la couturier-e. Vous trouverez donc certes un chapitre sur les activités manuelles, mais aussi un sur le jeu, un sur les contes, un sur la musique, un sur le bricolage, sur les activités scientifiques, sur la cuisine, la nature et enfin un sur les voyages et les souvenirs.
  • Enfin, dernier point fort appréciable: ce livre va vous faire faire des économies!! Créer ne veut pas dire acheter (bien au contraire!), et ça l’auteur nous le fait comprendre dès les premières lignes!

Extrait de la page 75

Et les kits créatifs du commerce?

Attention à ces kits tout prêts, que l’on trouve partout aujourd’hui dans les magasins de jouets ou de loisirs créatifs au rayon enfants: ils n’ont souvent de créatif que le nom… Inviter l’enfant à apprendre à dessiner mais ne lui proposer que des formes toutes prêtes, déjà dessinées, à décorer, c’est lui demander de suivre les consignes, et non de « créer ». Le marché est porteur aujourd’hui, et toutes les marques de jouets et de jeux ont leur gamme « créativité », proposant souvent de très jolies choses! Mais au-delà de cet aspect pratique, joli et attractif, posez-vous les bonnes questions si vous cherchez une activité avec un réel apport créatif!

Alors forcément, les jours qui ont suivi ma lecture, je me suis surprise à tout scruter autour de moi, stocker des emballages, changer quelques détails dans l’aménagement de la maison, et surtout surtout surtout attraper la manie de remplacer « et si je l’achetais » par  « et si je le fabriquais ».

Article initialement publié sur le site des Vendredis Intellos

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