QI « hétérogène », c’est quoi cette histoire?

1ères constatations:
  • Les forums regorgent de gens – enfants ou adultes – présentant un QI hétérogène, c’est à dire un écart de plus de 12 points entre la partie verbale du QI et les autres, ne permettant pas – selon les modes de construction de l’outil – le calcul d’un QI global.
  • Dans la plupart des cas, ces gens ont reçu des informations qui leur ont paru insuffisantes (puisqu’ils cherchent à en savoir plus sur les forums) et n’ont pas répondu à leurs attentes, leur attente étant – dans la plupart des cas – de savoir s’ils pouvaient ou non mettre le mot HQI/zèbre/surdoué sur leurs souffrances ou leurs bizarreries.
  • Les raisons de cette incertitude sont très simples: 1- l’impossibilité d’exprimer un QI total laisse au praticien la responsabilité du diagnostic sur des critères d’appréciation personnels 2- Il n’y a pas parmi les psychologues de réel consensus pour trancher les cas de QI hétérogènes.

Question 1: Mais ils sont vraiment nombreux ces gens au QI hétérogène ou c’est juste un effet loupe lié à Internet?
Bien sûr, Internet ne doit rien arranger MAIS ce n’est pas qu’un effet de grossissement non. Selon cette publication qui étudie le profil de 245 enfants précoces, 51,4% d’entre eux auraient un écart de plus de 12 points entre QI verbal et QI performance (contre, je crois, mais je n’ai plus les chiffres en tête, une dizaine de % dans la population « normale »).La différence moyenne entre les deux QI étant de 14,08 points dans cette population d’enfants précoces. Jean-Charles Terrassier recommande d’ailleurs de ne pas considérer qu’un QI soit hétérogène entre dessous de 15 points d’écart dans le cas d’un zèbre.
Question 2: Que traduit un QI hétérogène?
Les différentes catégories des tests de QI sont conçues pour explorer la mise en oeuvre de différentes formes d’intelligence (beaucoup d’ailleurs considèrent qu’ils sont trop restrictifs au regard de la multiplicité des formes d’intelligence supposées).
En très gros, on considère que le QI verbal mesure la capacité à mobiliser sa mémoire à long terme (on retrouve parfois les termes « intelligence cristallisée) tandis que le QI performance (même si cette appellation n’existe plus dans la dernière version des tests pour enfant) mesure la capacité à mobiliser la mémoire de travail, sorte de mémoire vive de notre ordinateur de cervelle (qu’on appelle parfois « intelligence fluide »).
Pour fonctionner de façon optimale, on considère assez naturellement qu’on a besoin de mobiliser les deux de façon complémentaire même si ce n’est pas forcément nécessaire à la réussite d’une tâche, surtout si on est assez doué pour l’une ou pour l’autre.
Pour illustrer, je vous donne un exemple entre le fonctionnement de mon mec (mémoire à long terme pourrie) et le mien (mémoire de travail pourrie). Les spécialistes de la question excuseront mes approximations.
Pour réviser un partiel on peut choisir:
1- d’apprendre par coeur l’intégralité des TD et utiliser ce corpus de données pour restituer la plus pertinente le jour J (mémoire à long terme)

2- d’étudier un ou deux exercices à fond, les théorèmes principaux et faire marcher sa matière grise (et sa chance aussi) le jour J (mémoire de travail)

Dans le premier cas, le travail peut être fastidieux – mais pas tant que ça si on retient vite et sans effort – et que les contenus restent en nombre raisonnables. Et cela est généralement très valorisé par l’école (qui apprend bien ses leçons = bon élève), donc cela peut être une stratégie gagnante dans les milieux académiques.
Dans le second cas, la masse de travail en amont est évidemment plus faible mais l’énergie dépensé le jour J sera beaucoup plus importante. Cette stratégie est globalement plus risquée dans les milieux académiques, sauf si, une fois encore, on est très performant dans ce domaine. Par contre, elle peut devenir un avantage dès lors que les contenus deviennent très nombreux et doivent être maîtrisés dans un laps de temps trop court pour permettre un stockage en mémoire permanente.
Donc un QI hétérogène ben globalement ça veut dire que l’une de ces deux stratégies est beaucoup moins performantes que l’autre. En général, c’est la stratégie 1 qui est privilégiée par rapport à la 2 sauf dans le cas des autistes Asperger (mais mon exemple est beaucoup trop grossier pour illustrer ça).
Question 3: A quoi est lié un QI hétérogène?
En général, quand l’écart entre QIV et QIP est vraiment très important (de l’ordre de 20 ou 30 points), on considère que c’est parce qu’il y a un problème quelque part, quelque chose qui empêche la machine de tourner à plein régime. Ça peut être un problème cognitif comme par exemple: une dyslexie, dyspraxie, (mais dans ce cas, il y a souvent des difficultés associées: pour apprendre à faire du vélo, pour apprendre à lire/écrire, etc…)… ou un problème psychologique (par exemple dans le cas de l’Anté-pré-ado, on avait postulé que cette hétérogénéité était liée à ses angoisses très importantes, sorte d’envahissement de la sphère émotionnelle sur la sphère cognitive).
Mais quand tout va bien ? On en pense/fait quoi de ce QI hétérogène???

1ère hypothèse: C’est en général dans ces cas là que les psys déboulent avec leur « défense par la cognition » et « surinvestissement de la sphère intellectuelle ». En gros, il est connu (et à mon avis tout à fait normal…) que le fait d’intellectualiser les choses est une façon de mettre à distance les émotions qui nous sembleraient trop violentes à supporter (en gros: si j’ai planté magistralement un examen, une façon « d’oublier » cette déception trop dure à encaisser serait de chercher à rationaliser en décortiquant les raisons de mon échec, etc…), c’est donc ça qu’on appelle « défense par la cognition ». Et si ce phénomène se répète régulièrement au point de devenir un mode d’existence, je suppose qu’on en arrive à un « surinvestissement de la sphère intellectuelle » (qui n’a finalement rien à voir avec ce que les petits enfants coréens subissent chaque jour même si le terme semble porter à confusion).
Sauf que, a priori, ça suppose déjà qu’on soit pas super à l’aise avec ses émotions, donc pas forcément super épanouis…
Deuxième hypothèse: Un QI hétérogène serait tout particulièrement répandu chez les enfants précoces et autres zèbres parce qu’ils seraient tellement à l’aise dans un type d’intelligence que l’autre n’aurait pas « besoin » d’être stimulée, surtout si elle est légèrement moins performante… d’où un QI hétérogène et qui ne s’arrêterait pas de s’hétérogénéiser.

Troisième hypothèse (mais ça c’est juste moi qui hypothétise): n’oublions pas que cette hétérogénéité est mesurée par un « outil » à savoir les tests de Whechsler (dans le cas des enfants le WISC IV donc). Hors, tous les outils de mesure ont une zone de fonctionnement optimal en deça et au delà duquel ils fonctionnent plus mal. Sachant que les QI hétérogènes ont tendance à se rencontrer plus fréquemment au dessus de 130 ET en deça de 70, doit-on conclure que les enfants concernés ont EFFECTIVEMENT une assymétrie de fonctionnement ou que, d’une façon ou d’une autre, l’outil de mesure fonctionne un peu moins bien.Question 4: Oui, mais alors, zèbre ou pas zèbre???

Communément, pour parler d’enfant précoces, on dit qu’il faut atteindre 130 de QI total. Jean-Charles Terrassier abaisse cette limite à 125. Mais ceci ne résout pas le problème des QI hétérogènes pour qui il n’est pas possible de donner une valeur de QI total (car non pertinent compte tenue de la façon dont l’outil est construit). Certaines études n’hésitent alors pas à être très inclusives en intégrant dans la catégorie « enfant précoce » tous les enfants obtenant au moins 125 de QI que ce soit en QI verbal ou QI performance ou QI total.
D’autres encore estiment que la valeur du QI total importe moins que le profil des résultats obtenus à chacun des sous-tests qui composent le test. En effet, il est assez connu que l’item « Codes » est souvent particulièrement échoué dans la population des enfants précoces, de la même façon que l’item « Similitudes » est particulièrement bien réussi. Sauf que…. apparemment, l’échec à l’item « Codes » est beaucoup plus marqué chez les garçons que chez les filles (les filles subissant plus fortement la pression sociale les incitant à entrer dans le moule).Ce que je retiens de tout cela, c’est qu’il y a sûrement bien un million de façon d’être un zèbre, comme il y a un million de façon de ne pas en être un.Question 5: Mais au fond, en quoi c’est important de se prendre le chou avec tout ça?
Pour moi (car forcément, cette réponse ne peut être que personnelle), c’est d’abord important pour ça:

Ok, la référence mérite d’être creusée (d’ailleurs si quelqu’un a de la biblio là dessus ça m’intéresse) mais globalement, il revient assez régulièrement que l’hétérogénéité de QI peut être un facteur de mésestime de soi. Qu’il peut donner le sentiment d’être nul (peut être parce qu’on s’attend à pouvoir faire des choses sur lesquelles au final on butte), qu’il peut donner un sentiment de décalage entre ce que les autres perçoivent de nous et ce que nous percevons de nous même (à l’origine d’un sentiment d’imposture), qu’il peut enfin conduire à une forme d’échec scolaire lorsqu’une stratégie jusque là gagnante reposant quasiment exclusivement sur la mémoire à long terme devient brutalement insuffisante.

Article initialement publié sur feu le blog de la Famille Déjantée. Crédits photos Hernan Pinera

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