Réapprendre à ne plus être enceinte

Le post-partum est le parent pauvre de la littérature de femme enceinte.
Il suffit d’ouvrir n’importe quel livre dédié à la question pour s’en convaincre:
 à peine quelques lignes, parfois quelques maigres pages lui sont consacrées…
à côté du pavé qui a été rédigé sur les neuf mois précédents.
Tout au plus, on vous apprendra à prendre soin de votre épisiotomie et que la date de votre retour de couche est aléatoire (surtout pour celles qui allaitent), on vous effraiera à la perspective de la chute de votre luxuriante chevelure de grossesse (qu’on vous vend au 3ème mois pour vous remonter le moral en attendant que les nausées passent) et on consentira à vous pondre quelques lignes sur le baby-blues calibré de la mère parfaite (si possible avant la sortie de la mater, merci de votre compréhension).
Parce que, ne nous mentons pas,
ce qui compte APRES la grossesse,
ce n’est pas VOUS mais votre BÉBÉ

Ah pour ça, des bouquins sur la croissance, l’éveil, l’alimentation, ça ne manque pas!!!
Mais alors sur le post-partum, RIEN
Toute fête se décline toujours en trois phases: celle des préparatifs, celle des réjouissances et enfin celle du rangement.
Un bébé c’est donc:
9 mois de préparatifs
Au terme desquels on déballe dans les cris et le liquide amniotique  dans la joie et la bonne humeur
LE cadeau
Suivis de
Quelques jours/semaines de réjouissance
Durant lesquels la famille et les amis admirent le divin enfant, et le couvrent de cadeaux
Durant lesquels on admet que la nouvelle maman soit fatiguée et ait besoin d’un peu de ménage/sieste/chocolat
Durant lesquels le nouveau papa en profite pour solder ses congés annuels en même temps que ses congés paternité afin de profiter comme il se doit de ces jours heureux
Enfin suivi de:
La phase de rangement
Et là, ben c’est comme après ta première boum,
Y a plus personne
 
La nouvelle maman se retrouve donc seule avec son ventre mou, son nourrisson braillard, sa sciatique pas-tout-à-fait-remise et ses fuites urinaires.
Et là, le voile de merveille et de félicité – auquel elle était pourtant certaine de n’avoir pas succombé – se lève en une douloureuse prise de conscience:
Le sol de la cuisine colle, les toilettes sentent l’urine, ça fait des semaines que les enfants mangent du jambon-coquillettes (éventuellement décliné en knacki-riz), leurs placards regorgent de vêtements d’été en plein mois de janvier, le mari a des dizaines de paquets de copies en retard (je parle pour les femmes de profs, mais je suis sûre que c’est transposable aux autres!) 
Et elle?
Ben elle arbore toujours, trois mois après à l’accouchement, ses pantalons de grossesse (pas uniquement parce que les kilos en trop se sont trop bien incrustés mais juste parce que le shopping n’est inscrit qu’en position 423 dans la liste des priorités)
Et comme si ça ne suffisait pas pour la déprimer, elle se rend compte que la chair de sa chair n’est plus l’adorable crevette de 3kg qu’on porte d’une main sur l’épaule et qui somnole le plus clair de son temps mais un énorme poupon de 8 kg (enfin, j’espère sincèrement que les vôtres ont des proportions plus raisonnables!) qui attend un peu plus d’animation que la douce et paisible respiration de sa mère ensommeillée.
Dans ces conditions, toute femme normalement constituée arrive à épuisement complet des batteries entre le 3ème mois et le 6ème, le moment que choisi généralement son entourage pour lui suggérer (au choix):
1- d’arrêter d’allaiter (parce que ma pauvre, quand même, on voit bien que ça te fatigue)
2- d’aller consulter un médecin (parce que ça serait bien que tu fasses des analyses, avec ton allaitement, ça m’étonnerait pas que tu sois carencée!)
Sans s’imaginer une seule seconde que la seule chose dont elle ait réellement besoin c’est d’une bonne grosse semaine au fond du lit (et ça, personne n’a jamais pensé à le mettre sur une ordonnance).
Ces remarques, qui peuvent paraître anodines, ne sont en réalité que des manifestations isolées d’un mal bien plus profond:
Celui qui fait dire aux uns comme aux autres que la parenthèse enchantée (ou pas) de la grossesse a suffisamment duré et qu’il serait de bon ton que tout redevienne ENFIN comme avant.
Du genre:
Les aînés aimeraient bien que leur maman redevienne cette personne posée et disponible, toujours prête à aller au ciné, inviter un copain à dormir ou écouter pendant des heures des histoires à dormir debout.
Le mari aimerait bien que sa femme redevienne cette personne vive et pétillante n’ayant pas la libido d’une octogénénaire et la mémoire d’un poisson rouge.
L’employeur aimerait bien que son employé revienne. Tout court.
Et puis la femme, elle, ben elle RÊVE de se faire une virée entre copines, un restau avec son homme, s’inscrire au yoga, aller à la bibli, prendre des cours de massage du nourrisson, monter son entreprise, ouvrir une école Montessori (enfin, juste après la sieste hein?)…. mais voilà, rien que la perspective d’avoir une lettre à aller poster l’épuise d’avance.
Alors voilà, les symptômes je les connais par coeur mais le remède, je ne l’ai pas toujours.
Prenez soin de vous, demandez de l’aide et surtout laissez vous du temps.
9 mois pour faire, 9 mois pour défaire
Au bas mot
Article initialement publié sur feu le blog de La Famille Déjantée. Crédits photo
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4 réflexions sur “Réapprendre à ne plus être enceinte

  1. J’ai une expérience tout à fait différente. J’ai eu beaucoup de mal à supporter la grossesse (pour mille raisons) et je me suis sentie véritablement libérée dès mon accouchement. Nous étions enfin deux à gérer tout ça ! Je retrouvais ma liberté de mouvement ! Ma liberté d’être (aussi) moi uniquement (un moi nettement plus épuisée, voire éreintée, évidemment). Ma fille a 9 mois aujourd’hui, je veux d’autres enfants, je vivrai alors peut-être des grossesses différentes, autres… Mais le sentiment de liberté retrouvée est quelque chose que j’ai véritablement et profondément ressenti dès sa naissance, puis au moment de retourner travailler quand elle a eu 3 mois, puis lors de mon premier week-end entre copains, lors de ma première soirée ciné en amoureux, etc., sentiment qui ne m’a pas quitté depuis. (Tout ce que tu décris, je l’ai vécu PENDANT ma grossesse, en fait :)).

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    1. En fait, cet article ne porte pas forcément bien son titre. Personnellement je n’ai pas particulièrement apprécié le moment des grossesses et j’ai bien vécu comme vous décrivez cette libération de la naissance (surtout celle de ne plus être « responsable » 24H/24 d’un autre être que moi) mais j’avais surtout pour objectif de décrire ici le contraste énorme qu’il y a de la part de la société et du monde médical entre l’intérêt qu’il porte à la mère avant et après la naissance, et ce, alors même que le post-partum me semble une période potentiellement éprouvante et où le soutien peut être crucial.

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      1. Je n’ai pas ressenti cette différence, ce contraste énorme. Mais c’est sans doute, parce que je n’ai pas eu besoin d’un soutien particulier après la naissance.

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