De la méprise

Ce devait être en 1991, ou peut être en1992,
Cet hiver là, je savourais ma chance:
Mes parents nous avaient emmené, mon frère et moi, aux sports d’hiver…
Je n’étais certes pas très douée, mais j’aimais beaucoup ça…
Glisser sur la neige, risquer à chaque instant de tomber, se faire mal pour de faux dans cette neige douce et moelleuse…
Quel régal et quelle excitation!!!
Le matin j’allais aux cours de ski collectifs pour passer ma 2ème étoile
J’étais très fière de parcourir seule les 500 mètres qui séparaient l’appartement de location du départ des cours,  un peu comme si j’étais déjà grande et je vivais ma vie…

Les cours commençaient invariablement (comme toute activité dans ce monde où le sol n’est pas plat) par la montée dans le vertigineux télésiège…
Celui où le poids des skis nous rappelle à chaque instant que notre destin d’humain est de demeurer au sol…et non plusieurs dizaines de mètres (ou peut être bien moins…) au dessus….
Celui où chaque passage de poteau et les bruits effroyables qui l’accompagnent nous font douter de l’état du mécanisme semblant tout droit sorti d’un film muet….
Bref, ce matin là, le hasard avait voulu me faire partager ce frissonnant moment avec un garçon que je ne connaissais pas encore…
Je ne me souviens pas grand de lui sinon qu’il était blondinet et semblait disposer à supporter mon incessant verbiage…
Moi j’arborai pour ma part une combinaison rouge vif, la même que mon frère, probablement la seule que ma mère avait réussi à dégoter à un prix raisonnable dans le catalogue de la Redoute…
Le tout assorti d’une cagoule de la même couleur, couvre-chef préhistorique mais réputé redoutable contre les affections ORL…
J’engageais donc la conversation sur des sujets divers de notre vie d’enfant ordinaire…
Tu es dans quelle classe? Un maître ou une maîtresse? Et les devoirs de vacances tu les as déjà terminé? Vous êtes arrivés quand avec tes parents? Au fait, t’as des frères et soeurs? AHHH vous repartez à la fin de la semaine… comme nous quoi….
Et tu habites où? C’était long la route? Tu veux un chewing gum?
Tout à notre échange, nous ne nous étions même pas aperçu que l’ascension touchait presque à sa fin…
Au moment de relever au dessus de nos têtes la barre qui jusque là nous empêchait de faire le saut de l’ange,  le garçon me demanda mon prénom..
Ah oui, c’est vrai qu’on avait complètement oublié ce détail…
Alors que je lui répondais, je voyais se dessiner sur sa figure une grimace d’épouvante…
BBBBAAAAAAHHHHH!!!!! 
MAIS ALORS….. 
TU ES UNE FILLE
!!!!!!!!!!!!!
 
Ce fut la dernière fois de la semaine qu’il m’adressa la parole…
Certains jours, en écrivant ce blog, je me demande si je ne suis pas en train de faire précisément la même chose que ce jour là sur le télésiège…
Non bien sûr que je pense que vous doutez de ma nature de femme…
 Mais que dire de tous ces jours où la réalité n’est pas aussi rose que l’on voudrait.. que dire de tous ces jours où l’on failli… que dire des cicatrices de notre histoire que nous gardons tous enfoui dans le secret de notre âme… que dire de toutes ces choses que même à soi même, on ne saurait s’avouer…
Entre pudeur et mensonge, quand sonnera l’heure de la prochaine méprise?
Article initialement publié sur feu le blog de la Famille Déjantée. Crédits photo
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