Repose en paix ma thèse

Il y a un an, presque jour pour jour, mon directeur de thèse effectif
(celui qui n’avait pas les diplômes pour m’encadrer mais avait quand même besoin d’étudiants pour, entre autres choses faire le sale boulot)
me faisait dire par mon directeur de thèse administratif
(celui qui avait les diplômes mais ni le temps ni l’envie de se taper un étudiant supplémentaire)
qu’il souhaitait mettre un terme à son encadrement
(bref, qu’il me jetait)

Décision fortement motivée par mes deux grossesses quasi successives
à cause desquelles j’aurais « grillé » ma thèse…
oubliant bien vite mes 14 heures journalières de boulot fournies pendant plus d’un an, mon investissement quotidien à répondre à ses mails nocturnes, mon opiniâtreté à rendre mes travaux en temps et en heures, mon acharnement à proposer jusqu’au bout de nouveaux projets et développements etc…
(Mais il est vrai que j’ai manqué de motivation lorsque, le lendemain de l’accouchement de PMH, il m’a téléphoné à mon domicile pour planifier mon travail des prochains mois…)
Bref, il y a un an, 
j’apprenais également par différentes bouches que:
1- Vu ce qui avait été dit sur moi pendant mon absence (il faut savoir que tomber enceinte pendant sa thèse, dans la majorité des cas, c’est un peu comme faire un gosse dans le dos de son mec, alors le faire deux fois, c’est comme si le père du gosse n’était autre que le meilleur ami de son mec…) personne n’accepterait jamais de reprendre la direction effective de ma thèse
2- Vue la façon dont les relations s’étaient dégradées entre mon directeur de thèse effectif et le groupe d’enseignants avec lequel nous travaillions depuis 4 ans (et dont l’activité constituait la base de mes résultats de thèses), je ne pourrais jamais recueillir les données complémentaires et nécessaires pour aboutir…
Il y a un an, 
Je réalisais également que j’en avais marre:
1- Après plus de 7 ans d’études, d’être condamnée à faire des comptes rendus, des transcriptions et des photocopies…
2- D’être considérée au mieux comme une adolescente attardée alors que j’étais mère de 4 enfants…
3- De devoir demander l’autorisation de mon chef pour prendre contact avec qui que ce soit, pour discuter avec un autre chercheur ou pour prendre part à quelconque projet d’importance secondaire…
4- De ne pas voir grandir mes enfants parce que la thèse occupait 300% de mon cerveau disponible, week end et vacances compris…
5- Que la recherche en éducation ne changerait jamais le monde, surtout dans le contexte français actuel où ce sont les politiques qui font les programmes (sur la base de justifications idéologiques) et non les chercheurs (sur la base de résultats de recherche)… surtout dans le contexte français actuel où les moyens sont visiblement passés de « insignifiants » à « inexistants » sauf dans l’hypothétique cas où les chercheurs ont le bon goût de s’intéresser à ce que les politiciens du gouvernement aimerait bien faire passer…
6- Que j’avais grand besoin de réaliser que je n’étais pas qu’une tête pleine et des mains vides…passant plus de temps à s’excuser de ce qu’elle n’était QUE thésarde (d’ailleurs, j’en profite ici pour revendiquer haut et fort le terme de « chercheur » pour tous les thésard-e-s… parce que ça se saurait si la recherche pouvait se faire sans eux!!!) et finalement incapable d’entreprendre quoi que ce soit de concret…
Alors oui, j’ai eu une chance inouïe…. 
d’être payée pendant 3 ans pour me consacrer à un sujet qui me passionnait là où d’autres faisaient le même « boulot » pour des clopinettes,  à des milliers de kilomètres de leur famille, dans des conditions sanitaires et psychologiques parfois scandaleuses…
Pour autant, je garde l’impression d’avoir sauvé ma peau tant qu’il en était encore temps…!
 
Aujourd’hui, un an après cette décision informelle, on me demande de confirmer par écrit ma volonté de ne pas renouveler une nouvelle fois mon inscription en thèse…
Le point final comme qui dirait…
Je me rends alors compte que ma colère sur les circonstances de cet arrêt est toujours bien présente (j’ai d’ailleurs une furieuse envie de les signaler dans le mail qu’on me réclame même si cela ne serait probablement pas une bonne idée…)
Qu’une partie de mes regrets aussi, car ce travail représentait un rêve d’enfant et des perspectives d’emploi qu’il me faut aujourd’hui abandonner
pour repartir de zéro…
Mais qu’à cela ne tienne, je n’ai pas dit mon dernier mot!
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